Il y a maintenant plus de douze ans, l’État haïtien lançait un signal fort en interdisant l’importation, la commercialisation et l’utilisation des plastiques en polyéthylène à usage unique. Pourtant, ces mêmes déchets continuent de tapisser nos rues, d’étouffer nos rivières et nos océans, d’obstruer nos égouts. En somme, ils polluent notre environnement et menacent gravement notre biodiversité.
L’arrêté du 10 juillet 2013 devrait marquer un tournant écologique. Il promettait la fin des gobelets en styrofoam, des barquettes jetables connues sous les appellations “anbwate” ou “asyèt katon” et des sacs non réutilisables communément appelés “sachets noirs” en Haïti.
Plusieurs organismes scientifiques et agences de santé publique déconseillent l’utilisation des produits en styrofoam (polystyrène expansé) en raison de leur potentiel cancérigène, notamment à cause du styrène, l’un de ses composants principaux. On peut citer le Centre international de recherche sur le cancer CIRC-OMS, l’Environmental Protection Agency des États-Unis (EPA), ou encore cette étude indépendante de Aarhus University du Danemark.
Mais en Haïti, les arrêtés n’arrêtent rien
Aujourd’hui encore, les importateurs continuent d’inonder le marché. Les marchands s’installent et vendent devant les institutions publiques les contenants interdits. Les rues de Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Ouanaminthe… croulent sous les déchets plastiques. Et l’État ? Il regarde ailleurs!. Il signe, il proclame, il interdit mais il n’applique pas. Pire encore, dans certains cas, il est le principal coupable en utilisant lui-même dans des institutions publiques, les produits qu’il a interdits ou en contractant des fournisseurs qui en font usage. Comme le dénonce CLIO Haiti. L’État viole ses propres normes, dans une indifférence institutionnalisée.
Des discours creux et une réalité ignorée
Pendant ce temps, nos dirigeants voyagent. Ils sillonnent le monde, de sommet en sommet, de conférence en conférence. À l’Intergovernmental Negotiating Committee (INC 5.2) à Genève, ils étaient là. À la COP30 au Brésil, ils sont là. Parfois silencieux, parfois verbeux, mais toujours absents là où ça compte : dans les rues de Carrefour, Gonaïves, Jacmel, où le plastique s’accumule et l’environnement crie à l’abandon.
Silence institutionnel, résistance citoyenne
Au-delà de la question de moyens, il y a l’absence de volonté. Car, pendant que l’État se défile, des citoyens, des organismes, des collectifs se battent. Ils organisent des campagnes, proposent des alternatives, alertent l’opinion. Mais ils sont seuls, ignorés.
L’interdiction du polystyrène aurait pu être un modèle. Mais l’arrêté est devenu un texte fantôme, un symbole de cette gouvernance qui préfère les effets d’annonce à l’action concrète. Des organismes comme GAFE Haïti, Alternatiba entre autres, dénoncent chaque année cette hypocrisie.
L’espoir dans les marges
En dépit de tout, l’espoir persiste. Grâce au travail acharné de certaines personnalités engagées et des organismes courageux comme SOIL Haiti, Haiti Compost Business, Fondation Record… qui refusent de baisser les bras, alliant militantisme et actions concrètes sur le terrain. La sauvegarde de notre chère Haïti, riche en biodiversité est encore possible.
Fin!
©Roodsam Jerome, citoyen écœuré mais pas résigné
