Et si l’Afrique devenait enfin le laboratoire mondial de l’économie verte inclusive ?

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La COP30 au Brésil s’est achevée dans une avalanche de discours, de promesses et de déclarations solennelles, mais une vérité est restée intacte : l’Afrique a continué d’apparaître comme le continent le plus touché par le dérèglement climatique, alors même qu’elle n’en était pas responsable. Alors que les délégations plastronnaient devant les caméras et que les slogans officiels répétaient qu’il fallait « financer l’avenir » et « libérer le potentiel vert », le contraste entre les paroles et la réalité n’a arrêté de se creuser.

Le continent africain n’a jamais représenté plus de 4 % des émissions mondiales, pourtant il a subi les sécheresses les plus violentes du Sahel, les cyclones les plus destructeurs des zones côtières et une avancée fulgurante de la désertification. Les terres cultivables se sont réduites, les infrastructures ont été endommagées, les économies fragilisées, et des millions de vies ont basculé. L’héritage économique fondé sur l’exportation brute des ressources a, de son côté, continue de priver le continent de marges de manœuvre, exposé aux fluctuations du marché mondial et incapable de transformer localement ses richesses.

Pendant que la crise s’intensifie, la démographie africaine avance elle aussi : des millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail, tandis que plus de 600 millions de personnes vivent encore sans électricité. Une transition verte inclusive aurait pu devenir une chance historique, un levier d’emplois massifs, d’innovation et de stabilité. Mais une fois de plus, les mécanismes financiers internationaux n’ont pas suivi le rythme des besoins africains.

Les engagements des pays industrialisés, notamment la promesse des 100 milliards annuels, n’ont jamais été totalement honorés. L’Afrique avait exigé des mécanismes clairs de reddition de comptes et un plancher financier ambitieux d’au moins 1 300 milliards de dollars par an. Pourtant, au fil des négociations, les continents du Nord ont temporisé, renvoyés à plus tard, reformulés, sans jamais répondre entièrement à l’urgence. Les grandes annonces de la COP30 ont fini par ressembler à des répétitions des années précédentes : beaucoup de communication, peu d’actions tangibles.

Pourtant, le continent n’était pas arrivé aux mains vides. Il avait défendu une vision claire, celle d’un modèle de co-développement où l’Afrique cesserait d’être la réserve mondiale de ressources brutes. Les délégations africaines avaient plaidé pour la transformation locale des minéraux stratégiques comme le cobalt, le lithium ou les terres rares. Elles avaient exigé des partenariats technologiques réels, avec partage de propriété intellectuelle, et proposé la création de corridors énergétiques verts pour structurer un marché continental de l’énergie renouvelable. Mais là encore, l’ambition africaine s’était heurtée à la prudence voire à l’inaction de nombreux partenaires internationaux.

Au cœur de cette vision se trouvait un principe simple : la transition écologique devait être une transition pour les Africains avant tout. Le continent avait réclamé des protections sociales pour les travailleurs des énergies fossiles, un soutien pour les communautés dépendantes des écosystèmes naturels, et des investissements massifs pour l’agroécologie, l’irrigation durable, la sécurité alimentaire et la participation citoyenne. Les conditions étaient claires : sans inclusion, il n’y aurait pas de transformation durable.

Au final, malgré les efforts remarquables du Groupe Africain de Négociateurs, malgré la présentation d’un portefeuille de projets solides et prêts à financer, malgré la cohérence du discours continental, la COP30 n’a pas opéré le tournant historique que l’Afrique attendait. Le continent a rappelé sa valeur géostratégique, sa contribution indispensable à la transition mondiale, et sa place centrale dans la lutte contre le changement climatique. Mais trop peu d’engagements contraignants ont été pris en retour.

Pour autant, la COP30 n’a pas été inutile. Elle a confirmé que l’Afrique n’était plus disposée à jouer un rôle passif dans les négociations internationales. Elle a montré que le continent était prêt, capable et déterminé à devenir un pilier majeur de l’économie verte mondiale. Elle a démontré qu’une nouvelle génération d’experts, de décideurs et de dirigeants africains portait une vision claire et ambitieuse. Et si la communauté internationale n’a pas encore répondu à la hauteur, le mouvement, lui, est lancé. La transition verte africaine ne dépend plus seulement de la volonté extérieure : elle est devenue un projet continental.

La question n’est donc plus : L’Afrique peut-elle devenir un laboratoire mondial de l’économie verte ?
Elle est désormais : Combien de temps le monde mettra-t-il à reconnaître que ce laboratoire existe déjà ?

Fin!

© Florent TOTO, Economiste du développement et de l’environnement & Politiste International | Consultant en Gouvernance de projets multi-acteurs 

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