La deuxième partie de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation (INC-5.2) , chargée d’élaborer un instrument juridique international contraignant sur la pollution plastique , y compris en milieu marin, s’est tenue du 5 au 15 août 2025 au Palais des Nations à Genève (Suisse).
Cet événement de haut niveau a réuni des représentants gouvernementaux , des experts , des organisations internationales ainsi que de jeunes militants venus des quatre coins du monde, tous déterminés à faire progresser les discussions en vue de l’adoption d’un traité mondial contre la pollution plastique .
À cette occasion, Uni-vert 360 a rencontré Roodsam Jerome , jeune Haïtien engagé pour la protection de l’environnement , afin de recueillir ses impressions, attentes et perspectives à l’issue de cette importante session de négociation internationale.
Uni-vert 360: Quelles étaient vos attentes en arrivant à cette cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique ?
Roodsam Jerome. En tant que jeune engagé pour l’environnement venant d’Haïti, j’arrivais à Genève avec l’espoir de comprendre en profondeur les discussions internationales sur la pollution plastique et de représenter la voix des jeunes et des pays en développement. J’ai espéré surtout qu’à la fin des discussions qu’un traité international légalement contraignant pour lutter contre la pollution plastique allait être adopté en accord avec l’objectif de cette session des Nations Unies.
UV: Quels moments ou discussions avez-vous le plus marqué durant les négociations à Genève ?
RJ. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les discussions sur la responsabilité partagée des producteurs et la nécessité de réduire la production de plastique à la source. J’ai été particulièrement touché par la détermination des jeunes délégués à faire entendre leurs voix et par les échanges sur l’importance d’inclure les communautés vulnérables dans la conception des solutions.
UV: Selon vous, quelles avancées concrètes ont été réalisées pendant cette session pour faire progresser le futur traité sur la pollution plastique ?
RJ. La session a permis de clarifier certains points cruciaux, notamment sur le cadre juridique du traité, la création d’un fonds pour soutenir les pays en développement qui sont souvent les principales victimes des conséquences de la pollution plastique et une volonté de transfert de connaissances et de technologies sur la gestion des déchets plastiques entre les pays les plus avancés dans ce domaine les autres.
UV: Y a-t-il des points qui, à votre avis, ont stagné ou provoqué des désaccords majeurs entre les délégations ?
RJ. Oui, certains désaccords persistent sur la question du financement et de la responsabilité des producteurs. Certains pays souhaitent un traité plus flexible, tandis que d’autres insistent sur des obligations contraignantes et des mécanismes de suivi stricts.
UV: Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait motiver davantage les États à s’engager dans un accord réellement contraignant pour réduire la pollution plastique ?
RJ. La prise de conscience des impacts sanitaires, économiques et écologiques de la pollution plastique pourrait être un moteur puissant. Les États pourraient aussi être motivés par des mécanismes de coopération technique et financière, permettant aux pays en développement d’appliquer des solutions concrètes. Enfin, la pression citoyenne, notamment celle des jeunes, joue un rôle déterminant.
UV: Pensez-vous que la communauté internationale est sur la bonne voie pour adopter un traité ambitieux et efficace ?
RJ. Si d’un côté il y a un doute persistant dans le sens que les négociations se sont terminées sans l’adoption du traité, il faut quand même noter certaines avancées qui ont été faites. D’autant plus que la chair vient de céduler les INC 5.3 au 7 février 2026 à Genève.
On reste optimiste qu’un traité ambitieux et efficace va être adopté à cette énième session. On veut prendre pour un signal positif le fait que les parties ont convenu de réunir pour de nouvelles négociations moins de 6 mois après la dernière.
UV: La situation géopolitique mondiale, notamment les tensions économiques ou politiques entre certains pays, influence-t-elle les discussions ?
Certainement. Les tensions économiques, les différences de développement industriel et les intérêts commerciaux ont influencé la profondeur des négociations. Certains États se sont regroupés pour soutenir ou contrer certaines propositions émanant d’un ou d’un groupe de pays. On a souvent noté des similarités quelconques entre les pays qui ont des positions communes.
UV: Au cours de la session, avez-vous découvert de nouvelles initiatives, coalitions ou propositions innovantes visant à réduire la pollution plastique ?
RJ. Oui, plusieurs initiatives innovantes basées sur l’économie circulaire ont été présentées. Personnellement, j’ai profité pour parler de notre travail au sein d’Haïti Compost Business qui transforme les déchets ménagers en compost et valorise les déchets plastiques. J’ai aussi découvert des coalitions de jeunes et de communautés locales qui font beaucoup de plaidoyers auprès de leurs gouvernements et/ou des entreprises pour adopter des processus et approches plus environnementaux dans leurs modèles d’affaires.
UV: Comment parvenez-vous à garder l’espoir et à rester mobilisé face à l’ampleur du défi mondial que représente la pollution plastique ?
RJ. De base, je me concentre sur l’impact concret que l’on peut générer à petite échelle et sur le fait que chaque action compte. Ensuite, en étant entouré de jeunes et des experts engagés durant les activités officielles et surtout les ’’side events’’ m’ont montré que je ne suis pas isolé et que la mobilisation collective peut avoir des impacts significatifs.
UV: Que retenez-vous personnellement de cette expérience à Genève ? Et quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes ou aux décideurs sur l’urgence d’agir ?
RJ. Cette expérience m’a montré que les jeunes ont un rôle central à jouer et que même venant d’un pays en développement comme Haïti, notre voix compte. Mon message : aux jeunes, engagez-vous activement; aux décideurs, l’urgence est réelle, il faut agir maintenant.
Fin!
